Cet épisode a été créé dans le cadre d’un podcast réalisé par des étudiants de dernière année de cursus d’ingénieur agronome, à l’Institut Agro Montpellier, au sein de la formation d’amélioration des plantes (APIMET). Alors que le podcast évoque les différents domaines d’applications de l’amélioration des plantes, cet épisode se concentre sur l’utilisation et l’amélioration des plantes au service des écosystèmes. Les services écosystémiques se définissent comme les bénéfices que les écosystèmes fournissent au vivant. Au sein de ces écosystèmes, le sol occupe une place cruciale, puisqu’il est le support de la production agricole, d’une partie de la biodiversité et impliqué dans un grand nombre de cycles biogéochimiques intimement liés au climat. Il représente une ressource non renouvelable, aujourd’hui menacée par des pollutions d’origine anthropique. L’agriculture intensive est à l’origine d’une pollution diffuse, à base d’engrais, de pesticides et d’herbicides. Les activités industrielles, quant à elles, polluent localement les sols à base de rejets de déchets, contenant notamment des éléments traces métalliques (ETM), ou métaux lourds, comme l’arsenic, le cadmium, le chrome, le cuivre, le mercure, le nickel, le plomb, le sélénium ou le zinc. Ces derniers perturbent le fonctionnement des sols, en diminuant sa biodiversité végétale et microbienne. Ils sont également toxiques pour la faune et la santé humaine. Pour contrer ces effets néfastes, des techniques de dépollution classiques sont mises en oeuvre, comme l’excavation ou le lavage chimique. Bien qu’efficaces, ces techniques sont coûteuses, énergivores et destructrices pour le sol et pour la biodiversité qu’il abrite. Dans ce contexte, l’utilisation de techniques de dépollution plus durables se présente comme une solution adéquate. Les écosystèmes eux-mêmes regorgent de plantes et de micro-organismes efficaces pour piéger, transformer ou extraire les polluants. Plus particulièrement, on y trouve des plantes dites “hyper-tolérantes” et/ou “hyper-accumulatrices”, qui peuvent tolérer, mais aussi stocker des concentrations élevées de métaux dans leurs tissus. Dans cet épisode, nous allons explorer les différents enjeux liés à l’usage de telles plantes pour dépolluer des sols contaminés, afin de mieux comprendre les leviers et les freins de la diffusion de cette pratique plus durable. Pour cela, nous avons fait appel à quatre experts sur le sujet. Stéphane Ravanel est chercheur au Laboratoire de Physiologie Cellulaire et Végétale du CEA (Commissariat aux Énergies Atomiques et aux Énergies Alternatives) de Grenoble. Il est le chef d’une équipe de 8 personnes : l’équipe Métal Stress, dont l’objectif est de caractériser les mécanismes moléculaires expliquant comment les plantes et les micro-algues peuvent tolérer et accumuler les métaux toxiques. Claude Grison est une chimiste française, directrice de recherches au CNRS et à l’Université de Montpellier. Elle dirige le laboratoire Chimie bio-inspirée et innovations écologiques de Montpellier et détient la médaille de 2014 de l’innovation du CNRS. En 2022, elle est lauréate du Prix de l’inventeur européen, pour ses recherches sur l’utilisation de plantes dépolluantes comme écocatalyseurs. Yann Thomas est cofondateur et gérant de la société Microhumus, un bureau d’étude et d’ingénierie spécialisé dans la gestion des sols dégradés, pionnière en ingénierie pédologique et en gestion des sites et sols pollués par phytomanagement. Diplômé de l’ICN Business School, il est spécialisé en gestion de projet dans son entreprise, constituée d’une équipe de 20 personnes, pour la plupart ingénieurs ou docteurs en sciences. Enfin, Ludovic Vincent, diplômé de l’école d’ingénieur agronome AgroParisTech, est cofondateur de la start-up Biomede, spécialisée dans la phytoremédiation. Les recherches de cette start-up visent à améliorer la qualité des sols au moyen d’un mélange adapté de graines de plantes dépolluantes. Leurs interventions vont nous aider à caractériser ces plantes, à mieux comprendre la sélection d’espèces adaptées et les projets d’amélioration des traits qui leur confèrent de telles capacités, ainsi qu’à identifier des projets déjà existants. La complémentarité des interventions nous a permis d’enrichir notre podcast. Ces plantes se présentent comme une solution prometteuse afin de stabiliser les sols pollués, mais aussi pour extraire et réutiliser des métaux accumulés dans les sols à d’autres fins (phyto-mining). Cet épisode explore donc un sujet novateur en pleine expansion, intimement lié à l’amélioration des plantes et gage d’espoir pour son utilisation au service de la dépollution des écosystèmes.